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Les plantations ne sont pas des forêts


Les monocultures industrielles d'eucalyptus, d'acacia, d'hévéa, de palmier à huile, de pin ou de teck représentent des profits énormes pour les entreprises qui investissent dans ces activités. Mais pour les communautés qui vivent à l'intérieur et autour de ces plantations industrielles, elles représentent une invasion massive de leurs terres, la destruction de leurs forêts, de leurs ressources en eau et de leurs moyens de subsistance. Les plantations industrielles d’arbres sont également liées à de nombreuses formes de violence, en particulier contre les femmes.

Dans de nombreux endroits, les communautés, les organisations communautaires et les militants luttent pour y mettre fin. Aujourd'hui, nous voulons souligner les énormes efforts qu'ils déploient malgré la criminalisation et la persécution dont ils font l'objet. Certains sont capables de bloquer l'avancée des plantations, d'autres demandent aux entreprises la restitution de leurs terres. Toutes ces luttes de résistance sont unies dans leur message sans ambiguïté : NON aux monocultures industrielles.

À une époque où les sociétés de plantation continuent de développer les monocultures d’arbres sur tous les continents, en particulier en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ces nombreuses voix de résistance contre le contrôle des entreprises sur les terres communautaires sont cruciales. Les entreprises continuent à prétendre que les monocultures d’arbres sont des forêts. Elles laissent entendre, à tort, que ces monocultures à grande échelle pourraient être avantageuses pour les communautés alors qu’en réalité ce sont avant tout les entreprises qui retirent les bénéfices et les communautés qui supportent le coût et termes de perte des moyens de subsistance, de destruction des forêts et des ressources en eau et d’exposition aux pesticides et à la violence. Les entreprises utilisent des stratégies et des tactiques constamment renouvelées pour envahir les terres communautaires. Maintenant, elles n'hésitent même pas à prétendre que les monocultures d'arbres peuvent aider à résoudre la crise climatique mondiale.

La Journée internationale de lutte contre les plantations d'arbres en monoculture a été créée en 2004 au Brésil. Pas lors d'une conférence internationale dans une grande ville, mais lors d'une réunion de communautés confrontées à de grandes plantations d'eucalyptus. Ces communautés ont décidé de consacrer la journée du 21 septembre à des actions et des activités coordonnées visant à donner une visibilité particulière au caractère envahissant, destructeur et violent des plantations industrielles. Une journée pour célébrer les victoires et mettre en lumière la diversité de leurs luttes, de leurs résistances et de la formation de leurs alliances.

Aujourd'hui, notre exprimons notre solidarité et notre hommage à vous tous, les femmes, les hommes, les aînés et les jeunes, qui, de multiples manières et en de multiples lieux, déploient des efforts inlassables pour défendre la vie, résister et lutter contre les plantations d'arbres en monoculture !

Les plantations ne sont pas des forêts !
WRM

Pour plus d'informations

Les plantations ne sont pas des forêts...

Depuis des décennies, le World Rainforest Movement (WRM) demande à l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) de réviser d'urgence sa définition de la forêt, qui profite principalement aux intérêts des entreprises de plantations d'arbres industrielles. La définition de la FAO réduit une forêt à une quelconque zone couverte par des arbres, en négligeant les autres formes de vie ainsi que la diversité biologique, cyclique et culturelle qui constitue une forêt en interconnexion permanente avec les communautés dépendant de la forêt. Cette définition réductrice permet également que des dizaines de millions d'hectares de plantations industrielles en expansion rapide soient considérées comme des « forêts plantées » dans les statistiques forestières des pays, malgré tous les impacts sociaux et environnementaux bien documentés. 
 
Déjà en 2009, le WRM a dénoncé dans son Bulletin 141 que “la définition de la forêt n'est pas une discussion académique ou linguistique : c'est une question politique ayant de graves conséquences sociales et environnementales sur le terrain. Définir les plantations comme des forêts renforce le secteur des entreprises, en particulier celui des plantations, et empêche les communautés locales de s'y opposer pour protéger leurs moyens de subsistance. La FAO continue de jouer ce rôle en refusant de changer sa définition.”
 
La définition de la FAO reste la définition de la forêt la plus largement utilisée aujourd'hui. Elle sert de référence pour les différentes définitions nationales de la forêt dans le monde entier ainsi que pour les instances de décision internationales comme les négociations sur le climat. L'Accord de Paris de l'ONU de 2016 ne fait que poursuivre l'expansion des plantations d'arbres en monoculture. Cela se fait de différentes façons, qui vont de la promotion des plantations d'arbres en tant que puits de carbone dans le cadre de programmes douteux de reboisement ou de restauration, à la promotion du bois comme source d'énergie pour remplacer les combustibles fossiles. Cette politique de promotion s'explique en particulier par le fait que l'Accord de Paris adopte la définition de la forêt de la FAO.

La définition ne tient pas compte des 300 millions (ou plus) de femmes et d’hommes du monde entier qui, d’après la FAO, dépendent directement des forêts pour leur subsistance.”

La FAO devrait assumer l'entière responsabilité de la forte influence que sa définition de la forêt exerce sur les politiques économiques, écologiques et sociales du monde entier.