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Les communautés aborigènes face à la crise des méga-feux

Comment venir en aide à des populations attachées depuis toujours à un paysage, lorsque leur territoire se consume sous leurs yeux, décimant des sources de nourriture, réduisant en cendres des arbres ancestraux et détruisant des plantes et animaux totémiques ?
L’expérience à laquelle sont confrontés les peuples aborigènes face à ces méga-feux dévorant de grands pans de l’Australie est bel et bien différente de celle que connaissent les peuples non-indigènes.

Les héritages coloniaux d’éradication, de dépossession, d’assimilation et de racisme continuent d’affecter ces communautés. Sans parler de la manière dont ils ont été écartés de l’accès et de la gestion de leurs terres traditionnelles. Ces facteurs participent au trauma causé par ces feux hors normes.
Face cette catastrophe, il est plus essentiel que jamais de comprendre le deuil spécifique qui touche les populations aborigènes. Sans cette prise de conscience, aucune stratégie d’aide ni de reconstruction ne pourra être vraiment efficace.

Deuil perpétuel
Les populations aborigènes vivent avec un sentiment de chagrin éternel, issu du problème toujours irrésolu de l’invasion de leurs territoires et de la colonisation qui s’en est suivie.
Bien que le traumatisme colonial infligé aux populations aborigènes aient revêtu de multiples formes – parmi lesquelles le retrait de leurs enfants, l’éradication de leur culture, de leurs rituels et de leur langage –, la dépossession territoriale demeure la plus pregnante. Spolier des peuples de leurs terres constitue la marque de fabrique du colonialisme.

Les lois australiennes ont évolué afin de rendre une partie de leurs terres et de leurs eaux aux populations aborigènes ; ces dernières ont fait de leur mieux pour en revendiquer une gestion plus effective. Reste que les autochtones ont été ignorés alors que leurs terres natales étaient mal gérées et négligées.
Oliver Costello dirige la Firesticks Alliance, un réseau géré par les indigènes qui cherche à réintroduire les feux de culture. Voici son analyse :
« Depuis la colonisation, de nombreuses populations indigènes ont été expulsées de leurs terres, et leurs pratiques de gestion fondées sur le brûlis ont été restreintes par les autorités, influencées par la vision occidentale du feu et de la gestion de la terre. »
En ce sens, le colonialisme n’est pas un fait historique mais une expérience encore vécue. Et la réalité croissante du changement climatique s’ajoute à cette anxiété. Il est également important de reconnaître que ces peuples sont tristes, non seulement pour leurs communautés mais aussi pour nos relations non-humaines –l’identité de la culturelle aborigène provenant de la terre.
Les modes de vie culturels des aborigènes demeurent ainsi liés au sol et aux sites naturels – cascades, vallées, montagnes, ainsi que les animaux et les plantes.
Leur dévastation par les feux affecte profondément l’existence des peuples aborigènes et, dans les régions les plus sévèrement frappées, menace ces groupes en tant qu’êtres distincts, attachés à la terre. Lorena Allam en a récemment témoigné :
« Comme vous, j’ai regardé avec angoisse et horreur les feux réduire en cendres la précieuse terre de Yuin, prenant tout sur son passage – des vies, des maisons, des animaux, des arbres ; mais pour les peuples originels, ces incendies brûlent aussi nos souvenirs, nos lieux sacrés et tout ce qui est au cœur de notre identité. »
Pour ces peuples, qui vivent dans le traumatisme de la dépossession et de la marginalisation et désormais dans le traumatisme de ces feux catastrophiques, la peine est incommensurablement différente de celle des non-indigènes...
Ritimo