Agir avec les peuples oubliés ICRA International

+

La spiritualité wixárika à notre époque

“Face à l’adversité désolante des cartels de la drogue qui envahissent leurs paradis dans la Sierra Madre occidentale ; face au tracé des routes qui ouvrent les portes à la camelote alimentaire qui confond leur simple sagesse et inaugure des maladies jusqu’alors inconnues comme le diabète ; face aux mégaprojets qui menacent l’équilibre de leurs autels à l’intérieur et à l’extérieur de leur territoire, les wixárika ne jettent pas l’éponge, ne se rendent pas et ne s’enlisent pas dans la nébuleuse de la bataille politique. Leurs accords, ils les signent avec leur vie dans le conseil des ancêtres. Ils font confiance à leur dialogue avec le soleil, le feu et la mère nature…”

Le peuple wixárika vient de très loin dans le temps. Les chercheurs travaillent sur les archives coloniales des missionnaires qui les ont rencontrés au XVIIe siècle et sauvegardent les témoignages onomatopéiques qui rôdent dans la parole wixárika pour décrire un peuple qui, pendant la conquête de la Sierra Madre occidentale, n’était pas remarquable par sa force politique ou sa puissance militaire à côté des Coras et des Tepehuanos voisins, mais qui se distinguait déjà à l’époque comme un bastion spirituel d’une lignée lointaine.
Leur conquête par les Espagnols a été relativement facile et a imprimé certains traits catholiques que les Wixaritari ou Huicholes ont su honorer sans que cela perturbe la résonance originelle de leur propre cosmovision.

De nos jours, si nous avions la chance d’assister à la célébration catholique du chemin de croix pendant la Semaine sainte dans l’une des communautés nucléaires, nous serions frappés de constater une profondeur et une dévotion dignes du christianisme primitif.
Mais le peuple wixárika vient de bien plus loin dans le temps. C’est un lieu commun, quand on parle d’eux, de leur attribuer la qualité supérieure d’être l’une des cultures indigènes les plus pures du monde. Ce qui ne serait pas vrai si la pureté se référait à une culture, en l’occurrence préhispanique, sans caractéristiques propres à d’autres modèles civilisationnels. Dans la culture wixárika, on ne trouve pas seulement des traces de la religion catholique ; on pourrait dresser une liste des magnifiques appropriations qui résultent de l’impact de l’extérieur depuis la conquête jusqu’à l’époque actuelle. Les bougies, le point de croix de leur broderie et le taureau, essentiel dans leurs sacrifices cérémoniels, sont des héritages hispaniques. Les perles de verre elles-mêmes et le fil ou la laine de mouton, éléments avec lesquels ils traduisent sublimement leurs visions oniriques et chamaniques, proviennent d’Europe même si leur utilisation s’est enracinée au point de faire partie de leur identité vivante. Pourtant, le lieu commun, dans ce cas, est pertinent.

La pureté du peuple wixárika est liée à la fidélité et à la netteté avec lesquelles il se rappelle et vit son origine qui transcende l’espèce humaine jusqu’à l’étincelle de feu qui allume l’univers. Nous disons qu’ils se rappellent et nous ajoutons qu’ils vivent parce que leur mémoire ne les arrête pas à la possession de la donnée d’un événement à garder dans l’armoire de leur fierté identitaire. Le souvenir de l’épopée au cours de laquelle la vie commence son cheminement implique un engagement auquel il est impossible de se soustraire. Le peuple wixárika vient de très loin et son origine est généalogiquement liée à l’arbre où le feu, le vent, la terre, la mer, la pluie, les cerfs, les tortues, la pierre, les abeilles, le tlacuache et même les métis sont les branches-fruits-fleurs de ce miracle énergétique sans fin.

Le concept est en dessous de leur réalité. La consanguinité avec le soleil, avec le cerf ou avec la terre, par exemple, ne se limite pas dans leur cas à l’interrelation sans équivoque de tout avec le tout, comme nous le dit la physique quantique. Dans la haute lignée de cette culture millénaire sophistiquée survivent les fines manières de dialoguer avec les différentes manifestations de la nature en tant que personnifications spécifiques ayant un caractère, une volonté et une conscience propre ; du fait de cette proximité communicative, ils peuvent adapter leurs actes pour garantir la fertilité, la santé et l’équilibre de tous les êtres vivants…
Eduardo Guzmán Chávez