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Journée internationale de lutte contre la monoculture d'arbres

Le 21 septembre est la Journée internationale de lutte contre la monoculture d’arbres. Organisations, réseaux et mouvements célèbrent la résistance et font entendre leurs voix afin d’exiger que soit arrêtée l’expansion des plantations industrielles d’arbres. Ces plantations menacent la souveraineté des communautés et des peuples des forêts. Cette Journée a été décrétée en 2004 au cours d’une rencontre avec un réseau communautaire de lutte contre les plantations industrielles d’arbres du Brésil. 

Quel que soit l’endroit où elles interviennent, les sociétés productrices d’huile de palme utilisent des tactiques très similaires pour essayer de s’emparer des terres des communautés. Sachant qu’elles peuvent compter sur le soutien des autorités gouvernementales et de politiciens de haut niveau, les sociétés font régulièrement des promesses qu’elles n’ont pas l’intention de tenir. Elles essaient de réduire au silence et de marginaliser ceux qui s’opposent à leurs projets. Elles créent des divisions au sein des communautés.
Le cas échéant, elles utilisent la coercition, l’intimidation et le harcèlement. Elles vont même jusqu’à faire assassiner des opposants à leurs activités. Les villageois, en particulier dans les endroits reculés, pensent souvent qu’ils sont les seuls à être visés par ce type de violence, d’intimidation et d’accaparement des terres. 

Au sud-ouest du Cameroun, un peuple forestier, les Bagyéli, est menacé par l’accaparement de ses terres, que l’état ou les multinationales convertissent en plantations industrielles.
En mars dernier, une équipe d’ICRA est allée à leur rencontre.  
Solange, l’une des responsables de la communauté Bagyéli, témoigne : Quand je suis né, la forêt entourait le village, on vivait de la chasse, de la cueillette, des cultures, à présent ce n’est plus possible, ce n’est plus la même vie. Socapalm (appartenant au groupe français Bolloré) nous a exproprié, nous n’avons jamais été consulté, il n’y a pas eu de Clip (consultation libre et informée préalable) préalable à tous programmes de développement touchant les communautés traditionnelles. Elle exploite nos terres en faisant comme si nous n’existions pas. Les engrais chimiques et les pesticides utilisés par Socapalm polluent les cours d’eau et les sources : nous ne pouvons plus pêcher n’y même boire l’eau de nos rivières. Récemment Socapalm a installé une pépinière de 7 hectares juste devant notre campement avec des miradors pour la surveiller ! Les produits chimiques utilisés ont amené des maladies nouvelles, notamment au niveau respiratoire et de la peau. 
A présent, nous cultivons quelques lopins de terre près du village et nous allons parfois à la chasse. Plusieurs associations sont venues, même des représentants de l’Onu. Socapalm a été attaqué en justice, en France et au Cameroun, mais ils n’ont jamais été sanctionnés.
On nous avait promis des maisons, un centre de santé, des emplois….mais rien de tout cela n’est arrivé ! Ils ont détruit notre forêt, notre vie.

Partout sur la planète, des communautés résistent à la progression des monocultures d’arbres et des plantations énormes destinées à la production de cellulose, de bois, d’huile de palme, de caoutchouc et d’énergie. Ces monocultures envahissent les terres fertiles, génèrent la violence — particulièrement contre les femmes — et privent les communautés de leurs territoires qui constituent leur source d’alimentation, de culture et de vie.

Les formes de lutte sont aussi diverses que les peuples, mais dans toutes les luttes on trouve le même esprit de résistance, le besoin d’agir dans l’unité contre les monocultures et de récupérer les territoires volés ou envahis par les entreprises et les gouvernements. Leur lutte est la résistance. Leur lutte est l’espoir.
 
Solidarité avec les communautés qui luttent contre les monocultures d’arbres !

• Le prochain numéro de notre revue Ikewan sera consacré à l'extractivisme avec notamment un article sur la situation des Bagyéli au Cameroun.
• Image : Plantation de palmiers à huile de la Socapalm au Cameroun, mars 2019.