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Guyane : les communautés amérindiennes huit fois plus touchées par les suicides

Santé Publique France a étudié le phénomène des suicides qui frappe les communautés autochtones guyanaises. Le rapport est édifiant. les taux de suicides explosent, et sont jusqu’à huit fois supérieurs à ceux constatés dans l’Hexagone.

En Guyane, la jeunesse amérindienne se suicide par vagues. Dans certaines zones, les taux de suicides explosent, et sont jusqu’à huit fois supérieurs à ceux constatés dans l’Hexagone, selon le bulletin de Santé Publique France consacré à cette problématique.

On estime le taux moyen de suicide en Guyane à 7 pour 100 000 habitants, soit deux fois moins que dans l’Hexagone, où l’Observatoire national du suicide évalue le nombre de suicides à 16 par an pour 100 000 habitants. Mais ces statistiques cachent une réalité dramatique : les suicides sont très fréquents dans les communautés autochtones guyanaises.

Un rapport publié par Santé publique France étudie les suicides et tentatives de suicide entre 2007 et 2018 dans les zones reculées de Guyane. L’étude met en évidence le lien entre l’isolement des communautés amérindiennes et le taux de suicide.
Les taux élevés de suicide ne concernent pas l’ensemble de la population amérindienne de la Guyane mais uniquement 30% de cette population (Wayãpi et Téko), ceux qui vivent sur les communes isolées de l’Oyapock et du Maroni.

Le lien entre suicide et isolement
Pour son étude, Santé publique France compare les suicides et tentatives de suicide dans les communautés autochtones de deux zones du territoire guyanais. La première, proche du littoral, est accessible par la route. La seconde est bien plus isolée.

Les communautés étudiées dans la zone 1 vivent à Apatou, Awala, Javouhey, Iracoubo, Cacao, Regina et Saint-Georges. Selon l’Insee, en 2011, 17 973 personnes habitaient ces territoires.

La zone 2, au sud, dont l’accès ne peut se faire que par voie fluviale ou aérienne, comprend Camopi et Trois Sauts sur l’Oyapock -le fleuve frontière avec le Brésil- et Grand Santi, Papaïchton, Maripasoula, Talhuen et Antecum Pata, sur le Maroni. Au centre sont étudiés les villages de Kaw et Saul. Il y a 22 721 habitants dans cette zone.
 
Jusqu'à 137 suicides pour 100 000 habitants
Même si les bassins de population sont réduits, les auteurs de l’étude rapportent les données recueillies à 100 000 habitants, pour pouvoir comparer les taux de suicides au sein des communautés autochtones avec ceux du reste de la Guyane ou de l’Hexagone.
 
De 2007 à 2018, on a enregistré 50 suicides dans les deux zones. On compte quatre fois plus de suicides dans la zone 2 (15 pour 100 000 habitants) que dans la zone 1 (4 pour 100 000 habitants). A Camopi et Trois Sauts, les taux de suicides s’envolent à 113 et 137 pour 100 000 habitants.

Sans être une preuve formelle, ce constat laisse penser aux rédacteurs de l’étude que l’isolement influe de manière significative sur le taux de suicide. Le caractère reculé des villages amérindiens est en soi un facteur explicatif : plus la communauté vit à l’écart -et notamment loin des centres de soins- plus une tentative de suicide a des chances d’aboutir…