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La Garde indigène du Cauca (Colombie) reçoit le prix international des droits humains

Cette organisation communautaire, présente dans le sud-ouest de la Colombie, a reçu le prix de l’ONG irlandaise Front Line Defenders. Son travail dans le domaine de l’éducation à la paix est l’un des points forts.

Avec ses gilets, ses cannes et ses vêtements colorés, la Garde indigène du Cauca a fait son chemin, au cours des vingt dernières années, parmi les voies et les communautés d’un territoire qui a connu la violence de près. C’est pourquoi ce jeudi 8 octobre, en reconnaissance de son travail de défense et de protection, elle a reçu le Prix 2020 de la Région des Amériques, décerné par l’organisation Front Line Defenders aux défenseurs des droits humains.

Cette organisation internationale à but non lucratif, basée à Dublin, en Irlande, a pour objectif de protéger les personnes qui travaillent de manière non violente pour les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits humains, en Amérique, en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe. En ce sens, pour valoriser le travail des leaders sociaux à travers le monde, Front Line Defenders décerne un prix chaque année.

Dans sa version 2020, le jury du prix a souligné les nombreuses activités menées par la Garde Indigène du Cauca dans ses missions de protection collective, de sensibilisation et d’éducation à la paix. Entre autres, ses voyages à travers cette région, la protection humanitaire des garçons et des filles victimes d’actions armées, le sauvetage des blessés dans le contexte d’actions de guerre, les formations sur le risque des mines antipersonnel, et le soutien aux communautés qui ont été massivement déplacées de leurs terres.

À ce propos, le directeur de Front Line Defenders, Andrew Anderson, a déclaré : « La Garde représente un modèle unique de protection collective dans l’un des endroits les plus dangereux au monde pour la défense des droits humains. Pendant toutes les années du conflit armé, elle a assuré une défense pacifique et non armée de sa communauté, de ses traditions, de sa culture, de son mode de vie et de la mère nature. Malgré l’accord de paix, les défenseurs des droits humains et les organisations, y compris la Garde, continuent à faire face à des attaques mortelles et à des risques extrêmes. Ce prix reconnaît le courage extraordinaire de l’ensemble du collectif ».

La Garde indigène a été constituée en tant que réseau de protection communautaire de l’Asociación de Cabildos Indígenas del Norte del Cauca (Acin), affiliée au Conseil régional indigène du Cauca (Cric). Elle est composée de femmes, d’hommes, de garçons et de filles, et a été créée dans cette région du sud-ouest de la Colombie en 2001. La plupart des gardes et gardiennes du Cauca appartiennent au groupe indigène Nasa.
Joe Sauca, coordinateur des droits humains du Cric, a mentionné que ce prix est une reconnaissance de cet effort et de cette lutte pour protéger la vie et le territoire, dans une région qui a toujours été au milieu de conflits armés, de cultures illégales, et d’une militarisation constante. Dans ce contexte, la Garde a été en mesure de sauvegarder les communautés et de fournir une aide humanitaire.

À propos de ce prix, Sauca a déclaré : « Pour nous, en tant que Conseil régional indigène du Cauca  CRIC, c’est une fierté, c’est une récompense méritée pour un travail dont les communautés ont été la force, sans doute aucun. Je souligne également la façon dont nous travaillons de manière désintéressée pour un processus de résistance et d’organisation ».
Aujourd’hui, certaines des menaces latentes pour la Garde, selon Sauca, ce sont la stigmatisation du mouvement indigène et les risques inhérents à la défense territoriale, ce qui implique de confronter les politiques extérieures, extractives et invasives avec les ressources naturelles du Cauca.

Sauca ajouta que ce prix, pour le bien des peuples indigènes, ouvre la voie à poursuivre, en encourageant le travail politique des autres gardes, le fondement des droits humains et la présence d’acteurs de la paix dans ces régions.
Enfin, Sauca a conclu : « La Garde indigène est la première personne responsable, celui qui parcourt le territoire, celui qui reste en contact avec la communauté et analyse les risques. Cela nous permet également de commencer à travailler sur la manière de résoudre ces tensions territoriales entre les mêmes organisations. Partant de là, les écoles de leadership et de gestion se renforcent. C’est un effort vers la construction de la paix »…
Medellin, Colombie - Hacemos Memoria